« T r a d i t i o n u n d A u f b r u c h »

QUATUORARDEO (Paris)
Carole Petit de mange, Mi – sa Yang ( V i o l i n e n )
Yuko Hara ( V i o l a )
Joëlle Martinez (Violoncello )

Jean – Jacques Dünki (Fortepiano)
Felix Lindenmaier (Einführung)

ANTOINE REICHA QUATUOR en sol majeur op. 90/2
1770 – 1836

Andante/Allegro scherzando-Andante-Minuetto–Finale.Allegro vivace

Trente-six Fugues pour le Fortepiano op. 36
N° 12 sol majeur
N° 34 mi bémol mineur
N° 24 sol majeur
N° 9 sol mineur

JEAN-JACQUES DÜNKI CINQ ÉTUDES (version fortepiano)
1948

I “transports”
II “nulle part”
III “pour la main droite”
IV “prélude non mésuré”
V “columnae”

QUATUOR À CORDES N° 3 (2016/17) (Uraufführung)
introduction – „Geisenhausen“ – J.S.B. romancé –
„choral, que me veux-tu?“ – bref interlude – „aus alter Zeit“ –
bref postlude – choral, da capo – quatre micro-drames, un trio –
„duo, d’où viens-tu?“ – canon futile – sept bagatelles – alla burlesca – l’envolée

JEAN-JACQUES DÜNKI (*1948): QUATUOR À CORDES N° 3 (2016/17) (Dauer: 27’)

introduction – „Geisenhausen“- J.S.B. romancé – „choral, que me veux-tu?“ – bref interlude – „aus alter zeit“ – bref postlude – choral, da capo – quatre micro-drames, un trio – „duo, d’où viens-tu?“ – canon futile – sept bagatelles – alla burlesca – l’envolée

Mein drittes Streichquartett begibt sich auf eine doppelte Reise in die Vergangenheit: zum einen evoziert diese Partitur musikalische Gedanken von Bach, Schumann, Ravel – manchmal auf spielerische Art, oft als Vexierbild, dann wieder in ernster Auseinandersetzung – zum andern zitiere ich eine jugendliche Streichquartettkomposition von mir, gleichsam als fernen Fluchtpunkt. Ich bin als komponierendes Individuum hier und jetzt im Grenzland zwischen französischer und deutscher Kultur zuhause, stets auf der Suche …

QUATUOR ARDEO: Carole Petitdemange, Mi-sa Yang (Violinen), Yuko Hara (Viola), Joëlle Martinez (Violoncello)

Au début une amitié adolescente. Rencontre au CNSM de Paris où le quatuor à cordes était une épreuve incontournable en classe de musique de chambre. Par affinités, elles se choisirent et constituèrent l’ébauche d’Ardeo. Sans y penser, sans le faire exprès, leur quatuor naissait avec le XXIe siècle : une émanation, le parfum d’un désir qui se dessine lui-même, en forme de flammes, de volutes, feu qui jamais ne se consume. D’ailleurs ce nom ARDEO, trouvé dans une joyeuse urgence pour l’annonce d’un premier concert, dit Je brûle en latin, il parle au singulier. De l’incandescence. On pense à Hildegarde von Bingen «Cette flamme qui brûle ardemment sous un léger souffle» ; à Thérèse d’Avila « Nous ne sommes pas des anges, nous avons un corps.(…) je veille, je pense, je brûle », et au-delà des mystiques à Louise Labbé « Je vis, je meurs : je me brûle et me noie », toutes convoquées pour évoquer l’imaginaire féminin, la félinité du jeu, la maîtrise mais aussi l’abandon à l’absolu. Ici la musique.
De leur propre aveu : Le feu éternel, qui se nourrit seul, ne détruit pas ce qu’il brûle, entre catharsis et passion amoureuse.
Début 2001 vinrent les maîtres qui éclairèrent le chemin, enseignèrent la patience et leur permirent d’entrouvrir la porte de l’enfer – trois mois sur le mouvement d’une œuvre, des heures sur une mesure -, qui en fait était celle du paradis : éprouver la jouissance d’un accord, son impact, son rayonnement, sa magie sidérante …
Une fois qu’on y a goûté, c’est difficile de s’en passer. Etre sur scène et perdre la notion du temps, de l’espace. Instant d’effroi sacré, suspendu à une étreinte indicible, c’est ça brûler, on est happé par ça. D’où l’intime liaison entre engagement, addiction et sacerdoce. Un « Plein temps » où l’on apprend aussi à vivre. Et à grandir. A s’épanouir. Vinrent les expériences extatiques dans les séminaires de Prussia Cove, par exemple, en Cornouailles, au cœur d’un paysage dont la beauté coupe le souffle. Le sentier maritime, la marche, la lumière, l’horizon avec la mer à perte de vue. De grandes fenêtres sur les rochers et l’infini…
Tout relève ici de l’évidence, de la coïncidence entre désir et destin. Quelques noms Rainer Schmidt (du quatuor Hagen), Ferenc Rados (pianiste), Reto Bieri (clarinettiste), Pekka Kuuisto (violonsite), les marquent profondément. Pour leur sagesse ou leur folie. S’enchaînent les concerts, les distinctions, et très vite, dans le tourbillon des concours (Concours Internationaux de Quatuor à cordes de Bordeaux, de Moscou, du Premio Paolo Borciani, Concours International de Musique de Chambre de Melbourne), au fil des multiples rencontres, on commence dans le milieu à repérer le « phénomène Ardeo ».
Pendant dix ans, le chemin s’ouvre naturellement. Des soutiens efficaces et prestigieux (Mécénat Musical Société Générale, résidence à la Fondation Singer-Polignac 2008-2016, participant aux formations professionelles et aux actions culturelles de l’association ProQuartet depuis 2005). L’enthousiasme des plus grandes salles (Cité de la Musique, Musée d‘Orsay, Théâtre du Châtelet, centre Georges Pompidou, Festivals Radio France de Montpellier, Folles Journées, „Aspects“ de Caen, Jacobins de Toulouse, Concertgebouw d‘Amsterdam, Beethovenfestspiel de Bonn, festivals de Kuhmo-Finlande-, Davos-Suisse, Lockenhaus-Autriche-, Schleswig-Holstein Musikfestival, au IMS Prussia Cove). Des aventures artistiques passionnantes (Bertrand Chamayou, Jérôme Ducros, Renaud Capuçon, Henri Demarquette, Jérôme Pernoo, Alain Meunier, Vladimir Mendelssohn, Loïc Schneider, Evgeny Koroliov, Mario Brunello, Andrei Korobeinikov et plus étroitement encore avec le pianiste David Kadouch et le clarinettiste Reto Bieri).
Partage de l’intime: Chacune arrive avec sa personnalité, son caractère, son expérience. Les soudent cet amour profond de la musique, un souci d’intégrité, la quête d’un même idéal : oublier les instruments, s’adonner entièrement, emprunter des passages secrets, aborder des espaces nouveaux. Se nourrir est une préoccupation constante. On se passe des livres, on communique sur l’essentiel. Comme une pâte que l’on travaille près du piano (de la cuisine), les ingrédients se mélangent, s’influencent, s’ajustent.
Exigence, rigueur, goût immodéré pour l’aventure, l’expérience et l’audace d’aller toujours plus loin, cisèlent leur marque de fabrique : plaisir des contrastes, des nuances, des extrêmes pianissimi ou des tourbillons triple forte … Dynamique, gestes, art de la suspension, tout se travaille en travaillant aussi sur soi…
Les grandes œuvres sont énigmatiques. Il s’agit d’abord d’étudier le contexte de l’œuvre puis de se retrouver en face du texte nu. Reprenant les choses à zéro. Lire ce qui est écrit mais pénétrer aussi le non dit de la partition, sonder les silences. En extraire sa propre vérité, témérairement, sans se soucier des aspérités ou de livrer une version non convenue. La musique est comme la vie, surprenante. Tous les extrêmes de la vie sont dans la musique.
Radicales donc, sans concession, elles n’hésitent pas à tâtonner, avancer, à regarder leurs déchirures. Quelquefois les programmes sont mis au vote pourtant elles sont toujours d’accord sur ce qui (leur) fait chavirer le cœur .Etre chambriste c’est être capable d’être actif et passif, diriger et être dirigé, à l’écoute et à l’attaque. Ici quelques principes simples et efficaces. Les deux violonistes sont tour à tour premier ou second violon. Quelque chose qui a tendance à se répandre aujourd’hui dans les jeunes générations du quatuor à cordes, et qui permet d’être toujours en alerte. Etre femme. Comme une responsabilité. Quelque chose qui annoncerait un nouveau genre, affranchi du poids et du déterminisme culturel. Un féminin à la fois d’angles et de rondeurs, plantureux et puissant, sensible et véhément.
2013 c’est un nouveau cycle qui commence. Un tournant. Trentenaires, elles ont envie de prendre leur destin en main, envie de tout goûter, de tout apprendre . S’ajoute une inscription plus affirmée encore dans la création contemporaine Aborder les univers poétiques, les gestes d’un Gyorgy Kurtag, d’un Jonathan Harvey, d’une Kajia Saariaho … Avec en perspective des collaborations approfondies et à long terme avec des compositeurs comme François Meïmoun, Philippe Schöller. Et de belles invitations comme les festivals de Kuhmo (Finlande), de Bolzano (Italie), le théâtre des Bouffes du Nord, le Concertgebouw d’Amsterdam … C’est l’heure de l’affirmation, de la maturité, de la liberté. Catherine Peillon